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« Comment trouver quelqu’un comme toi, Ali ? »
« Comment trouver quelqu’un comme toi, Ali ? »

La pièce « Alaki Zayyak Fin Ya Ali » ou « Comment trouver quelqu’un comme toi, Ali ? » mise en scène par Lina Abyad et jouée par Raeda Taha, donnée en représentation hier à Dar Sébastien dans le cadre de la programmation Act Now de la 52 è édition du FIH, est un monologue biographique qui a épaté le public, et dans lequel Raeda Taha a trouvé l’exacte distance pour toucher et émouvoir.

« Alaki Zayyak Fin Ya Ali » est une pièce référence où il faut se méfier de l'apparente simplicité de ses enjeux scéniques élaborées par Lina Abyad. En effet, il s’agit d’une véritable performance où Raeda Taha déconstruit l’image du martyr en dévoilant ses souvenirs avec des détails enfouis à la fin fond de ses cellules mnémoniques. Raeda Taha est la fille d’Ali Taha, un fedayine qui a accédé au statut de martyr en 1972, après avoir été tué par un commando israélien. Il avait détourné un avion de la Sabena, vol 571...

Raeda avait à cette époque-là sept ans. Elle se réveille au son des hurlements de sa mère. Puis débarquent les femmes en noir venues tenir les mains de la veuve et, surtout, en effacer les traces du vernis rouge, en signe de deuil. Et les quatre filles du martyr sont expédiées à l’école puis chez les voisins. Dans son jeu, Raeda, belle femme, figure altière, visage sans maquillage, chevelure mi-longue, raie au milieu. Assise sur un canapé, commence le récit avec un épisode pour le moins douloureux. Très intime, aussi. Celui d’une tentative de viol dont elle a été victime. Elle avoue que c’est à ce moment-là, 17 ans après la mort de son père, qu’elle a réalisé qu’elle était orpheline. Ouf. Premier serrement de gorge. La jeune femme enchaîne. Accroché à la moindre parole, au moindre cillement de paupières, le public se trouve comme en suspens, en admiration béate devant cette femme qui se raconte. Se met à nu. Se dévoile. Puise dans le sac de ses mémoires et lance ses souvenirs en vrac, avec un bagout naturel, un sens de l’interprétation, de l’imitation, de l’autodérision magistral. Défile alors toute une multitude de personnages tous interprétés avec brio par l’actrice/auteure de la pièce.

De Yasser Arafat à Henry Kissinger, toute une période déboule devant nous, avec signes et mimiques à l’appui. Le rideau baisse sur les airs de la chanson « Alaki Zayyak Fin Ya Ali », interprétée par Raeda Taha et reprise en chœur par le public. Un moment très émouvant.